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Ma dernière course aux essarts - Hervé Delaunay

Pour ce meeting de 93 que je savais être le dernier, j’avais grâce à mes sponsors locaux loué une DALLARA F3 de l’équipe Palmyr dirigée alors par mon ami Pascal BUENO. Le challenge s’annonçait difficile n’ayant pas couru en F3 depuis 1987 et mon objectif était tout simplement de me qualifier.

2 séances d’essais plus tard, c’est in extremis que j’arrachais la dernière place de la grille ; il faut vous dire, mon cher François, qu’une des particularités de ce circuit, en dehors de son tracé si typé, c’est qu’il n’y avait pas d’essais libres. On attaquait directement par les qualif. et sur ce circuit réputé dangereux, l’exercice devenait vite périlleux surtout pour un pilote peu entrainé. Le soir, rentré chez moi (l’avantage de courir à domicile), je pensais à cette dernière course et à ce circuit si particulier avec cette fameuse descente, qui même ralentie par la chicane reste un morceau de bravoure notamment ce fameux gauche précédent celle-ci qui peut être passé à fond pour certain : c'est-à-dire 230 – 240 km/h (ce qui n’était pas mon cas). La moindre erreur et c’est le rail qui vous accueille les bras ouverts (lire à ce sujet les propos de Jurg Dubler dans son livre « les années fabuleuses de la F3 »). Après un warm-up des plus cool pour moi (et oui, on avait le droit à un warm-up en F3 championnat de France), c’est par un beau soleil de juin que j’allais prendre mon dernier départ sur ce circuit.

Circuit Rouen les Essarts - Hervé Delaunay en formule 3
Le Nouveau Monde, peut-être pour moi l’endroit le plus magique du circuit car après la descente on arrivait dans ce virage sur un gros freinage et la faible vitesse de passage (en 1ère) me permettait de voir le public toujours très nombreux aux Essarts, surtout à cet endroit.

Ce que je ne savais pas à cet instant, c’est que ce n’était pas le dernier… Après le tour de formation, au moment du départ du tour de chauffe, mon démarreur refusa de fonctionner me contraignant à partir depuis les stands. Déception pour moi car j’adore la tension d’un départ en monoplace, moment indéfinissable où l’on peut parfois gagner des places ou tout perdre. Parti après tout le monde, je faisais ma petite course en solitaire lorsque après quelques tours, en arrivant dans ce fameux gauche, drapeau jaune agité, je découvrais la monoplace de Janoray pulvérisée gisant au milieu de la piste – roues arrachées et pilote à bord manifestement inconscient. Encore une fois, la sanction avait été immédiate.

Course arrêtée au drapeau rouge pour médicaliser le pilote et dégager la voiture, je m’arrêtais sur la ligne droite des stands pour reprendre le second départ. Comme c’était plus long que prévu, je sortais de la monoplace et pendant cette interruption longue de 45 minutes environ, assis sur le rail, je cogitais avec mon copain Pascal sur le moyen discret de regoupiller l’axe du démarreur malgré l’œil inquisiteur du commissaire de piste. Janoray dans l’ambulance et la piste dégagée, je prenais le second départ (le dernier cette fois) encore des stands, la présence de ce commissaire ayant exclu toute tentative de réparation, et je savourais cette fin de course profitant pleinement de ces instants, de ce circuit magnifique et de son public jusqu’au drapeau à damier, franchi, pour la petite histoire, à la 15e place.

Voilà, c’était ma dernière course aux Essarts, circuit que j’avais découvert par Sport-Auto d’abord, puis comme spectateur et enfin comme pilote en 1977. Les premières années je l’ai abordé avec beaucoup d’appréhension et de respect, puis au fil des participations, l’expérience aidant, y rouler est devenu un plaisir extrême.