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Souvenir de Rouen en formule Ford - Frédéric Martin

Je n'ai pas connu le grand Rouen, celui des années soixante, et pourtant la magie opérait encore en 1989. Le morceau de bravoure de la saison en Formule Ford était bien le circuit normand. Ma culture automobile était bien suffisante à l'époque pour comprendre que j'attaquais une légende, un circuit d'hommes, pas un truc de mickey.

L'avantage d'être un débutant, Rouen devait être ma sixième course automobile, c'est que tu ne connais pas l'angoisse de mal faire puisque tu as tout à découvrir. Je ne voyais que des avantages à rouler sur ce circuit de légende. Mon premier travail en arrivant sur le circuit, trouver le paddock de la Formule Ford. Cela ne devait pas être très complexe sauf que Rouen les Essarts n'était pas un circuit comme les autres. Pour la première fois je découvre un environnement à l'ancienne avec le paddock dans la .forêt !!! Après m'être perdu dans les chemins forestiers, je trouve enfin mon équipe. Le tralala du contrôle technique se passe sans problème particulier et en regagnant l'hôtel je me fais un plaisir de découvrir enfin une partie de la piste, la plus importante ou du moins la plus significative, c'est-à-dire la descente vers le nouveau monde. En Opel Kadett GSI je ne trouve pas cela très impressionnant et je me dis juste « pourvu que la pluie ne s'invite pas ». Je ne me souviens pas trop de l'organisation de la course mais j'ai encore en mémoire mon premier roulage et pourtant cela remonte déjà à plus de 20 ans. Les sensations, le palpitant qui s'accélère un peu, l'attente toujours pénible avant d'y aller. Nous sommes bien une cinquantaine d'inscrit pour l'épreuve et nous sommes donc en deux sessions pour les essais. La particularité de Rouen, c'est l'absence d'essais libres et nous entrons donc dans le vif du sujet des les premiers tours de roues. Enfin nous y allons. Je suis dans les derniers, une habitude car je ne connais aucun des circuits sur lesquels je roule et je suis plus.serein en fin de peloton, c'est qu'ils vont vite les autres ! J'ai pris la bonne résolution de ne pas rouler trop vite.sauf que je n'ai pas le temps et qu'il faut bien faire le nécessaire pour se qualifier. Un premier tour pour découvrir ou je mets mes roues et dans la descente je prends soudain conscience que cela va plutôt vite, même en Formule Ford, surtout en Formule Ford. Avec le peu de puissance de nos petites machines pas très lourde, il n'y a pas de miracle, il faut passer à fond ! Rien de plus simple sauf que la notion du « à fond » des autres me semble beaucoup moins réaliste que la mienne. Les dingues passent dans des glissades impressionnantes. Non de dieu, ils vont tous me passer avant que j'arrive à comprendre le mode d'emploi. Nous remontons vers Sanson, zut et rezut, j'avance pas dans la monté.Ils ne m'ont pas attendu les vaches.Je serpente comme une limace dans la forêt avant de retrouver les « esses » le long de l'autoroute.j'attaque comme un dingue histoire de ne pas trop me ridiculiser et j'ai gagné.je me suis mis en tàQ dans « Paradis ».Plus de peur que de mal, mais résultat, dernier temps de ma session.c'est la honte. Finalement, je me retrouve deuxième suppléant du trophée loctite, la consolante en formule ford. Le mécano prépare quand même la Van Diemen, bien que le deuxième suppléant, c'est plutôt rare qu'il puisse prendre le départ de la course. Pour oublier je fais la fiesta jusque tard dans la nuit.enfin je devrais dire jusqu'au petit jour. Je ne suis pas très frais quand il faut prendre le volant pour me positionner au cas où.rien à craindre, il n'y a pas de forfait.mais que se passe-t-il ?.Me voilà sur la grille.bin mince, je n'ai pas le temps de comprendre que je suis obligé de me concentrer pour le départ ! Dans ma position, impossible de voir le moindre signal et je fais un départ prudent.trop, car je suis vite dans les roues de Christophe Morize.nous attaquons la descente et là je découvre qu'il me gêne !.je suis dans sa boîte sur les pavés mais je n'ose pas le doubler dans le virage.nous ne faisons plus qu'un lorsque nous remontons vers Sanson et là je comprends.il m'oublie et je distingue sa voiture rouge qui s'éloigne dans la forêt.Bon dieu, c'est pas possible.j'ai pas fait la moindre faute et il me largue. J'attaque comme un fou et je reviens dans ses roues pour le freinage du paradis.Nous passons roues dans roues devant les stands, je ne le lâche plus jusqu'en bas, nous remontons vers Sanson et .rebelote.il m'oublie . !??!. Cette fois je suis en rogne, la fatigue est oubliée et je le retrouve juste avant Paradis. Cela dure plusieurs tours.bien entendu je m'agace des échecs pour doubler mon copain Christophe Morize et enfin j'y arrive juste avant le virage du paradis.c'est gagné !.enfin presque.je me rate et il me redouble.trois fois je double, trois fois je fais la même bêtise. finalement je renonce à me battre pour terminer l'épreuve derrière Christophe en 16e position. Un petit résultat sportif mais un si grand plaisir de pilotage.