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Ma première fois - Hervé Delaunay

Il y a quelques temps déjà, j'avais raconté pour "MEMOIRE DES STANDS" ma dernière course sur le mythique circuit de Rouen Les Essarts. Après avoir commencé par la fin, il me semble judicieux de raconter la première fois et ce qui m'avait amené là.

La victoire de JP Beltoise à Reims, en ce mois de juillet 1965, allait déclencher en moi cette passion du sport auto et surtout de la monoplace. La chance pour un jeune passionné comme moi, c'était d'avoir à portée de fusil le circuit des Essarts.

Donc à partir de 1966, je n'ai jamais manqué un meeting : soit pour les essais du jeudi ou du vendredi, soit pour la course du dimanche.

Généralement, c'était avec mon père que je me rendais sur le circuit, à l'exception d'une fois où c'est à vélo que j'avais parcouru la vingtaine de kilomètres depuis Rouen !

Une autre fois, en 1970, c'est en 125 Honda que j'avais rallié le circuit : année bien triste avec les accidents de Salomon et Dayan.

La suite logique allait être le passage de mon statut de spectateur à celui d'acteur !!

A cet effet, en janvier 1977, j'avais acheté une Formule Renault : une Alpine A366 surnommée « le dinosaure ». Un prêt bancaire de 14000 francs, suivi d'un aller-retour à Nantes et j'étais enfin propriétaire d'une monoplace. mon rêve. Elle n'était pas bien fraiche après cinq longues années de compétitions mais pour moi elle était magnifique !

Mes connaissances, à ce moment là, n'étaient que théoriques et surtout balbutiantes, apportées par la lecture de tous les hebdos de cette époque. Je n'osais donc pas toucher à un boulon de la « bête » mais la réglementation ayant changée pour 1977, 4 nouvelles jantes, 4 nouveaux pneus ainsi qu'une nouvelle peinture (çà je savais faire..) furent les seules modifications effectuées sur l'auto.

Après quelques roulages sur le circuit de Croix en Ternois, c'est avec cette merveille que je m'engageais pour l'épreuve de Formule Renault du 26 juin 1977. Les essais avaient lieu le vendredi 24 juin : une seule séance d'essais mais séparée en deux séries vu le nombre d'engagés. Ma performance médiocre, même très médiocre, ne souleva pas (sur le moment) un semblant d'enthousiasme de la part de quiconque. J'étais préparé à cela ; je savais que passer de Croix aux Essarts avec ses courbes rapides allait poser des problèmes au pilote débutant que j'étais. C'est étonnant mais sur le plan pilotage je n'ai pas de souvenirs particuliers ; par contre, je n'ai pas oublié que pour mes débuts dans la discipline et sur ce circuit, un pilote s'est tué dans ma séance d'essais. Bien triste souvenir, même si pour avoir assisté à d'autres moments dramatiques sur ce circuit, j'étais conscient de la dangerosité de ce sport et de cette piste. Un autre souvenir fugace, c'est d'avoir vu Jean Louis Schlesser et Joseph Lebris s'intéresser à mon auto ! Une évidence car Joseph Lebris avait possédé cette auto et fortement modifié le train avant. Voilà racontée rapidement ma première course aux Essarts, bien que réduite à une séance d'essais qualificatifs.. car devant ma performance exceptionnelle, il est évident qu'on ne m'avait pas convié à disputer la course ! Mais ce n'était pas très important, j'avais atteint mon but, réalisé mon rêve et étais certain que j'allais continuer dans ce sport, revenir aux Essarts, courir à nouveau. Ce que je ne savais pas c'est que cela durerait aussi longtemps !

Hervé Delaunay