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1970 - Formule 2 - Tout pour les suisses

Source : Journal "L’EQUIPE" - Lundi 29 juin 1970 - Bernard GAUTIER

Siffert devant Regazzoni

Ce n’est pas dans une ambiance très gaie que fut doné le départ de la finale de F2, alors que l’on supposait déjà l’issue tragique de Jean-Luc Salomon. Une seule crainte, que de nouveaux accidents ne se reproduisent en F2. Il n’en fut rien, heureusement, bien qu’une grande partie de la course se soit déroulée en peloton.

Après les deux éliminatoires dont on lira le récit par ailleurs, la grille de départ se présentait ainsi, chaque pilote côtoyant son homologue de l’autre éliminatoire :

  • 1ère ligne: Regazzoni - Siffert
  • 2ème ligne: Rindt - Peterson
  • 3ème ligne: Brabham - Pescarolo
  • 4ème ligne: Bell - Reutemann
  • 5ème ligne: Westbury - Ikuzawa
  • 6ème ligne: Schenken - Fittipaldi
  • 7ème ligne: Cevert - Wisell
  • 8ème ligne: Ickx - De Adamich
  • 9ème ligne: Jaussaud - Mazet

Siffert se porta en tête au départ, tandis que Pescarolo sur la troisième ligne se dégagea immédiatement et s’installait dans le groupe de tête. Au premier passage, Siffert emmenait une meute comprenant Regazzoni, Pescarolo, Rindt, Brabham, Bell, Ikuzawa, Cevert était un peu plus loin, de même que Mazet, et en queue de peloton Jaussaud précédait Reutemann. Commencèrent alors en tête les inévitables chasses-croisés, Siffert étant le plus fréquemment leader, mais cette position revint parfois à Regazzoni et éventuellement à Brabham et Peterson.

On peut croire un moment qu’un quatuor allait réussir à prendre le large: il était composé de Siffert, Regazzoni, Brabham et Rindt qui s’étaient dégagés de l’important peloton où figuraient notamment Bell, Pescarolo, Fittipaldi, Peterson, Cevert, Schengen, Ickx, Wisell, Ikuzawa et Mazet venait plus loin.

Et puis, bien que la casse ait été relativement minime au cours de cette finale, elle commença néanmoins à affecter quelques pilotes. Pescarolo tout d’abord, victime d’un joint de culasse défaillant, et qui dut abandonner au huitième tour; peu après, Ikuzawa s’arrêtait une première fois au stand, repartait puis s’arrêtait définitivement deux tours plus tard. Au onzième tour, c’est François Cevert qui abandonnait, joint de culasse cassé.

A ce moment Rindt avait légèrement décollé du groupe de tête et il fut bientôt menacé par le second et imposant groupe. Il fut d’abord absorbé par Fittipaldi et toute la meute revint alors sur les hommes de têt pour ne plus former qu’une seule masse, on ne peut dire un serpentin puisque la plupart du temps les voitures qui roulaient à deux ou trois de front tentaient continuellement de se déborder. Ce groupe comprenait tous les pilotes que nous avons énumérés, plus loin François Mazet faisait sa couse tout seul, tandis que le trio de queue comprenait Reutemann, De Adamich et Jaussaud qui ne se lâchaient pas. On atteignait ainsi la mi-course sans qu’aucun groupe ait réussi réellement à se dégager et les chances de victoire paraissaient intactes pour tous ceux qui faisaient partie du peloton de tête. Toutefois, quelque constatations allaient s’imposer.

Peu à peu, Rindt, dont le moteur n’était pas au mieux de sa forme, perdait régulièrement du terrain et des places, jusqu’à se retrouver en queue du peloton, puis rejoint par Bell et dépassé par lui. Par la suite, il fut également rejoint par Westbury. Brabham, par ailleurs, qui avait figuré aux avant-postes dans la première partie de la course, allait se trouver noyé dans le peloton et n’allait plus pouvoir en émerger. Par contre Jacky Ickx, confirmant l’excellente forme des BMW, remontait des places et réussissait à se trouver en quatrième position au vingtième passage. Malheureusement, victime des chassé-croisé, il perdait un peu de terrain à l’avant dernier tour, ce qui lui enlevait toute chance de rejoindre Siffert en tête. Vers la fin de la course, Wisell abandonnait sur ennui de moteur. Depuis quelques tours Regazzoni aussi s’était trouvé étouffé, surtout par Peterson qui batailla plusieurs tours avec Siffert pour la première place, et par Fittipaldi. Et ce fut le dernier tour. Siffert arriva en tête et conserva un petit dixième d’avance sur la Tecno de son compatriote Regazzoni qui, en déboitant pour passer Fittipaldi sur le fil, amorça un tête à queue qui aurait pu être lourd de conséquences. Tout se termina heureusement sans incident. Ickx qui avait refait une partie de son retard, soufflait la quatrième place à Schenken. Mazet, qui avait fait une course très courageuse, terminait premier des Français, tandis sue Jaussaud l’emportait finalement sur De Adamich.

BMW remportait ainsi son premier grand succès en F2, si on excepte les victoires de la marque à Hockeinheim, mais où les plateaux étaient beaucoup moins brillants qu’à Rouen. Ce n’est sans doute pas un hasard. Il s’agit dans les deux cas de circuits rapides. Les moteurs BMW valent en puissance les Cosworth, on le savait, mais les progrès sur le plan de la résistance et de la tenue de route sont considérables et on espère que les BMW viendront aussi contester la victoire aux Brabham, Lotus et Tecno sur d’autres circuits.

Première éliminatoire : Siffert

Siffert partait en tête, tandis que Brabham placé sur la cinquième ligne déployait aussitôt toutes ses ressources et gagnait immédiatement deux lignes. A l’issue du premier tour, Siffert précédait Peterson, Fittipaldi, De Adamich, Bell, Westbury, et Brabham, puis venaient Jabouille, Jaussaud et Depailler.

Au troisième tour Potocki abandonnait sur ennuis de moteur. Peterson et Fittipaldi réussirent à décrocher un peu Siffert, tandis que Brabham, après avoir passé Westbury, poursuivait son attaque et passait Bell au cinquième tour. A ce moment, coup de théâtre: Fittipaldi, Jabouille et Hahne s’arrêtaient simultanément à leur stand. Fittipaldi sur baisse de pression d’huile, Jabouille la barre stabilisatrice avant cassée et Hahne sur ennui de moteur.

En tête, Siffert avait recollé à Peterson et Brabham se rapprochait des deux hommes. Jabouille avait repris la piste et roulait avec Westbury et De Adamich pour tenter de se qualifier au meilleur tour.

Au dixième tour (sur quinze), Siffert prenait définitivement le commandement tandis que Peterson soufflait le deuxième place à Brabham sur le fil. Belle et Westbury se qualifiaient également « à la place » et Fittipaldi, De Adamich et Jaussaud au meilleur tour.

Deuxième éliminatoire : Regazzoni

François Cevert placé sur la troisième ligne prenait un étonnant départ et débordait Jacky Ickx. Regazzoni passait en tête au bout d’un tour devant Rindt, Schenken, Cevert, Ickx et Ikuzawa. Rapidement, Regazzoni se dégageait et creusait un petit écart. Cevert s’arrêtait au quatrième tour, croyant être victime d’une crevaison. Il repartait dans le sillage de Rindt afin de réaliser un bon temps et de se qualifier au meilleur tour. Patrick Dal Bo s’arrêtait également, sa Pygmée connaissant des problèmes de tenue de route. Rindt prenait alors le commandement devant Regazzoni et Schenken. Ikuzawa était quatrième devant Pescarolo, Beltoise, Ickx et Mazet. Mais ce dernier réussit à doubler ce groupe et se trouvait en cinquième position lorsqu’il dut s’arrêter accélérateur bloqué. Beltoise aussi devait abandonner les deuxième et quatrième vitesse ne passant plus. Abandon également de Caldarella sur fuite d’huile.

En tête Regazzoni réussissait à reprendre le commandement à Rindt, devant Reutemann. Mais Pescarolo qui, depuis la mi-course était victime d’un amortisseur cassé, réussira néanmoins à devancer l’Argentin. Ickx, dont le moteur n’était pas en grande forme, se qualifiait néanmoins au meilleur tour, avec Schenken, Cevert et Mazet."