Mike Beuttler à Rouen - Philippe Vogel

Mike Beuttler, citoyen britannique né le 13 avril 1940, a écumé les circuits automobiles de 1959 à 1974 accédant au firmament qu'est la Formule 1 entre 1971 et 1973. Son passage en Formule 3 va de fin 1967 à début 1971. Il passera en Formule 2 et Formule 1 en 1971 pour tirer sa révérence en 1973 avant une course de prototypes fin 1974.

Mike Beuttler aux Essarts | étape 1 - 1969

Alors qu'en 1967 et 1968, il se concentre plutôt, sauf rares exceptions, sur les compétitions de Formule 3 disputées en Grand-Bretagne, Mike Beuttler parcourt nettement plus l'Europe en 1969 : Monaco, Pau, Jarama,. La piste de Rouen les Essarts est au programme le 22 juin pour la IXème Coupe de vitesse de l'automobile club normand, également deuxième manche du challenge Craven A.

- Brabham BT28 privée jaune et blanche

- 2ème des essais de la manche 1 qu'il termine à la même place

- 3ème de la finale, il renonce au 8ème des 18 tours pour une rupture d'arbre à cames

Mike Beuttler aux Essarts | étape 2 - 1970

Photo : Patrice Moinet

Moins de courses de Formule 3 pour Mike cette année mais un quasi équilibre entre la Grande-Bretagne et le reste de l'Europe.

Le 28 juin sera dramatique pour Rouen les Essarts et sa Xème Coupe de vitesse de l'automobile club normand, toujours deuxième manche du challenge Craven A.

Durant cette course ennuyeuse et dangereuse, disputée « à l'aspiration », la Grande faucheuse sort de l'ombre par deux fois et emporte dans son univers mortel deux jeunes français : Denis Dayan (Grac) et Jean-Luc Salomon (Martini) (*). Mike Beuttler luttait contre ce dernier au moment de l'accident généré par l'accrochage de plusieurs pilotes fort groupés. Il finira au sprint 3ème juste derrière les Lotus des deux futurs champions du Monde de Formule 1 : Emerson Fittipaldi et James Hunt, le victorieux. Pour le podium, ce ne fut pas la fête, bien sûr. Aux essais, la Brabham BT28 de Mike avait réalisé le treizième temps.

Mike Beuttler aux Essarts | étape 3 - 1971

Fort de ses performances en Formule 3, Mike Beuttler, toujours aidés de ses amis financiers, accède, en 1971, à la Formule 2 en début de saison avant de débuter en Formule 1 en juillet. Dans les deux disciplines, March loue des monoplaces à la petite équipe privée qui bénéficie néanmoins d'une attention spécifique de l'usine. C'est le modèle 712M qui permet au pilote britannique de parcourir l'Europe à la recherche de performances.

C'est le 27 juin que se déroule le vingtième Grand Prix de Rouen. Qualifié troisième de sa manche sur sa March 712M numéro 12, Mike Beuttler ne traduit pas la performance en course. Son moteur cassé étant irréparable, il ne peut être présent pour la finale que remportera la voiture équivalente d'un Ronnie Peterson en pleine ascension vers le titre de champion d'Europe de Formule 2 et de dauphin du champion du Monde de Formule 1.

Mike Beuttler aux Essarts | étape 4 - 1972

En 1972, les March 722, évolution de la 712M, le radiateur d'eau passant du museau vers les deux flancs arrière de la monocoque, sont moins en vue. Le championnat d'Europe va leur échapper au profit de la Matchbox-Surtees TS10 du britannique, ex-motard, Mike Hailwood. L'épreuve disputée sur la piste des Essarts a lieu le 25 juin.

Disputée en deux manches, elle consacre le futur champion du Monde de F1, Emerson Fittipaldi, le brésilien de la Lotus 69. Quant à Mike Beuttler, il se fait remarquer en étant impliqué, en finale, dans l'accrochage entre le normand Jaussaud (Brabham BT38) et Pescarolo (Brabham BT38) dès le départ au niveau du redoutable virage des Six-Frères : dégâts matériels pour tous. Dans sa manche, il avait réalisé le dixième temps sur seize partants ; malgré un abandon pour culasse criquée, il est admis en finale grâce au temps réalisé sur un tour.

Mike Beuttler aux Essarts | étape 5 et fin - 1973

En cette année-là, March a l'exclusivité du moteur BMW pour sa 732 qu'elle soit aux mains des pilotes officiels, Jean-Pierre Jarier, Jean-Pierre Beltoise et Hans Stück Junior, ou louées à des équipes privées plus ou moins sous la bienveillance de l'usine. C'est le cas de Mike Beuttler qui s'est déjà illustré à Thruxton, un accrochage tendancieux avec Gerry Birrell lui ôta la victoire, à Pau et Nivelles. Arrivant aux Essarts, le britannique, alternant toujours F2 et F1, peut être confiant tant les March 732 sont dominatrices cette année avec un moteur enfin fiable. Hélas, en première séance d'essais, la monoplace jaune, sans doute déséquilibrée par une crevaison, tape très fort le rail de sécurité au niveau du virage du Paradis. Secouru par l'équipe médicale, dont faisait partie l'actuel maire d'Isneauville, Gérard Ducable, Mike rejoint le centre hospitalier de Rouen et s'en sort avec un froissement des ligaments de la cheville gauche ; ceci l'empêchera de disputer le Grand Prix de France au circuit de France, remplacé par Reine Wisell sur la March 731G privée. Avertissement sans frais de la faucheuse, cette accident survenait un jour avant celui, mortel, de Gerry Birrell.

Trop accidentée pour être reconstruite aux frais des parrains financiers de Mike Beuttler, la March 732 ne réapparaîtra qu'en fin de saison aux mains d'une autre écurie.

Arrêtant la compétition fin 1973, hormis une pige en prototype fin 1974, le britannique et sa petite équipe privée ne reviendront jamais affronter la piste des Essarts.

* dans « privé de gloire », j'ai prénommé Jean-Luc. Denis

Philippe Vogel